On parle souvent des soins.
On parle rarement de ce qui se joue entre deux soins.
Ces transitions minuscules, presque imperceptibles.
Ces micro-basculements que personne ne voit⊠sauf nous.
Notre mĂ©tier, ce nâest pas seulement changer, laver, accompagner.
Câest sentir.
Percevoir ce qui nâa pas encore de mots.
RepĂ©rer la seconde oĂč quelque chose se dĂ©place dans le corps, dans lâesprit ou dans lâĂąme â parfois dans les trois en mĂȘme temps.
Personne ne nous apprend ça.
Câest une intuition fine, presque chamanique, nĂ©e des nuits, des silences, des prĂ©sences patientes.
Elle nâapparaĂźt dans aucune fiche de poste,
et pourtant : elle évite des chutes, apaise des angoisses, adoucit des douleurs, soutient les derniers instants.
Des détails pour le monde.
Des signaux vitaux pour nous.
On nâĂ©tudie pas ces bascules.
On les apprend en humanité.
Ătre aide-soignante, câest ça aussi :
sentir ce qui change avant mĂȘme que ça change.
Veiller sur les passages que personne ne remarque.
Gardienne des transitions invisibles.
Câest peut-ĂȘtre lĂ que rĂ©side la vraie essence du soin.


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