Épisode 2 : L’odorat sélectif – Ou comment respirer avec les yeux

On ne naît pas aide-soignante, on le devient. Et avec le temps, on développe des compétences… disons, très particulières.

Par exemple ? Le super odorat sélectif.

Parce qu’à force de naviguer entre couches, antiseptiques, plats mixés, et chaussons oubliés derrière les radiateurs, notre nez devient un véritable athlète de haut niveau.

Mais attention : on ne sent pas tout, tout le temps. On développe un odorat intelligent, un nez multitâche et diplomate.

Petit florilège des situations olfactives :

Le nez alerte : entre dans une chambre et détecte direct le “petit accident” de 3h du matin. Même à travers un masque, trois couches de linge, et une odeur de lavande artificielle. Le nez discret : croise un collègue qui vient de finir un change difficile. Sourit. Ne dit rien. Compatis en silence. (Super-pouvoir : ne jamais juger l’odeur d’un collègue, surtout avant le café.) Le nez stratégique : repère que la fameuse casserole de choux au déjeuner va faire des dégâts… et prévoit les fenêtres ouvertes avant l’explosion digestive de l’après-midi. Le nez déconnecté : entre dans une chambre, et là… c’est l’apocalypse nasale. Et pourtant, le visage reste neutre. Sourire professionnel activé. Regard bienveillant enclenché. Parce que le respect, ça passe aussi par là.

Et puis… il y a le parfum.

Ahhh, le parfum, ce grand débat non tranché entre collègues.

Il y a celles qui en mettent “juste un pschitt” pour masquer les odeurs. Bonne intention, mauvais dosage.

Résultat : “lavande-ammoniaque-vanille-purée”, un cocktail explosif qui s’accroche à ton masque comme du caramel fondu sur une serpillère.

Ma collègue l’a bien compris maintenant. Elle me regarde, esquisse un sourire complice et me dit :

“T’inquiète, j’en ai mis juste un peu.”

Je soupçonne quand même son “juste un peu” d’avoir des ambitions de fumigène de scène. Mais bon, elle me connaît, et moi je respire par les yeux.

Et parfois, entre deux assauts olfactifs, une odeur douce de savon, un reste de parfum d’avant, ou la cuisson d’un plat fait remonter un souvenir à un résident.

Un sourire apparaît, un regard s’allume, et on écoute ce qu’il reste d’une vie dans une simple senteur.

Parce qu’au fond, même le nez a du cœur.

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