Travailler de nuit, dans le calme et la lenteur, permet de prendre vraiment le temps avec les résidents. C’est dans ces moments-là qu’on peut véritablement écouter, être là pour eux, sans la pression de la journée. Pourtant, dans un monde où tout doit aller vite, où l’efficacité est souvent mesurée à la rapidité d’exécution, il est essentiel de rappeler que la lenteur peut être une force. Et non, ce n’est pas parce qu’on marche doucement dans le couloir qu’on est un ninja en pantoufles.
Prenons l’exemple d’un résident que je croise régulièrement lors de mes rondes nocturnes. Lorsqu’il est éveillé, il tend la main. Ce simple geste en dit long : il cherche un contact, une présence, une attention. Je prends alors quelques instants pour m’asseoir à côté de lui, tenir sa main et l’écouter. Parfois, il partage un souvenir et me demande un bisou, me souhaite une bonne nuit. Ce moment, court mais riche, a du sens. Il crée du lien, apaise et rassure. Et entre nous, c’est bien plus agréable qu’un bip strident d’appel malade pour me signaler qu’il a envie de discuter !
Mais toutes mes collègues ne fonctionnent pas ainsi. Certaines, pressées d’enchaîner leurs tâches, lui adressent à peine quelques mots depuis le pas de la porte. Elles considèrent peut-être qu’elles ont fait leur devoir en s’assurant qu’il va bien, mais elles passent à côté de l’essentiel : la relation humaine qui est au cœur du soin. Il ne s’agit pas seulement de vérifier un état clinique, mais d’accompagner une personne dans son quotidien, dans sa vulnérabilité, dans son besoin d’existence. On ne fait pas du « drive-in » médical, ce ne sont pas des clients qui passent à la chaîne !
Un jour, j’ai osé dire à une collègue qu’elle allait trop vite, qu’elle bâclait son travail. Elle n’a pas apprécié ma remarque. Pourtant, je reste convaincue qu’un soin bien fait ne se mesure pas à la vitesse à laquelle il est accompli, mais à la qualité de l’échange qu’il permet. Dans notre métier, la lenteur n’est pas un défaut, elle est une nécessité. Ce n’est pas un marathon, ce n’est pas une course contre la montre… et de toute façon, si c’était une course, mon dos et mes genoux auraient déclaré forfait depuis longtemps !
Prendre le temps, c’est offrir du respect. C’est reconnaître que chaque résident est une personne à part entière et non une tâche sur une liste. C’est se rappeler que nous sommes là pour eux, et non l’inverse. Alors oui, la lenteur est une force. Et c’est dans cette force que se trouve le véritable cœur du soin. Et si on me dit que je vais trop lentement, je répondrai que je fais du « slow care », c’est tendance, non ?


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