Dans un EHPAD, chaque soignant a sa propre manière de travailler, influencée par sa formation, son expérience et sa sensibilité. Certains privilégient l’efficacité, d’autres l’écoute et la relation humaine. Cette diversité pourrait être une richesse, mais en réalité, elle crée souvent des incohérences dans les soins, au détriment des résidents.
Prenons l’exemple de ce monsieur, réveillé en pleine nuit. Lorsqu’il me voit, il tend la main. Il a besoin de ce contact, d’une présence qui ne soit pas simplement de passage. Je prends sa main, l’écoute, lui laisse quelques minutes pour s’exprimer. Puis il me demande un bisou et me souhaite une bonne nuit. Ce moment, aussi simple soit-il, lui apporte un apaisement qu’il ne trouve pas ailleurs. Mais avec une autre soignante, l’interaction est bien différente : elle lui parle depuis la porte, rapidement, sans s’arrêter, avant de repartir aussitôt. L’échange dure à peine quelques secondes, un simple « bonsoir » lancé à la volée avant qu’elle disparaisse dans le couloir.
Que ressent-il alors ? Frustration ? Incompréhension ? Peut-être même une forme d’abandon. Car pour lui, le soin ne se résume pas à un simple geste technique. Il est aussi une question de lien, de reconnaissance. Pourtant, le rythme imposé et les habitudes de certains transforment ce moment en une formalité expédiée. Un bonsoir rapide, une porte qui se referme, et le résident reste seul avec ses pensées.
Ce fossé entre les approches ne nuit pas seulement aux résidents. Il pèse aussi sur l’équipe. Ceux qui prennent le temps sont souvent vus comme « trop lents », tandis que ceux qui vont vite sont perçus comme « expéditifs ». Résultat : des tensions, du ressentiment et une organisation qui manque de cohérence. Cette course à l’efficacité ne fait que masquer une réalité dérangeante : parfois, nous oublions que derrière chaque résident, il y a une personne qui a besoin d’attention, pas seulement de gestes techniques.
Alors, comment faire ? Faut-il accélérer au risque de déshumaniser le soin ? Ou prendre le temps et se heurter à la pression du rythme ? Il n’y a pas de réponse simple, mais une chose est certaine : si nous voulons respecter la dignité des résidents, nous devons nous poser la question de l’harmonisation de nos pratiques. Parce que pour certains, un geste, un mot, une main tendue peuvent tout changer.


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