
Bienvenue dans le merveilleux monde des EHPAD, ces établissements où l’on prône la bientraitance tout en comptant les minutes, où l’humain est au centre… mais seulement s’il rentre dans la grille tarifaire. Parce qu’évidemment, tout est parfaitement pensé pour le bien-être des résidents et des soignants. Ou pas.
1. Le matériel, ce luxe inatteignable
Un lit médicalisé qui grince comme un vieux plancher, une douchette qui fuit depuis six mois et un lève-personne en panne ? Pas grave, on fait avec. Après tout, les soignants sont des MacGyver du quotidien : un peu de scotch, une prière et c’est reparti. Et quand vraiment ça ne marche plus, on nous rappelle que « les budgets sont serrés ».
2. Les effectifs fantômes
On parle de prise en charge individualisée, mais avec combien de bras ? Deux soignants pour 80 résidents la nuit, un après-midi où l’on jongle entre soins, animations et ménage, et un planning qui ressemble à un puzzle où il manque toujours des pièces. Heureusement, la vocation compense tout. Paraît-il.
Les soignants sont là, toujours là. Ils reviennent encore et encore quand il y a une absence, portant à bout de bras un système en souffrance. Mais parfois, ils se découragent, usés par cette mécanique implacable qui ne leur laisse aucun répit.
3. La minute du soin express
Douche en 5 minutes, change en 3, repas en 10. Bienvenue à « EHPAD Express », l’émission où chaque soignant doit réussir l’impossible sans dépasser son chrono. Parce que oui, chaque acte est minuté, rationalisé, optimisé… sauf qu’on parle d’êtres humains, pas d’un fast-food.
4. L’absurde administratif
Les soignants sont sur le terrain, mais derrière eux se cache un océan de paperasse : protocoles, transmissions, évaluations, audits de qualité… Et si on mettait autant d’énergie à embaucher des bras qu’à remplir des tableaux Excel ? Trop révolutionnaire, sans doute.
5. L’hypocrisie du « prendre soin »
On prône l’accompagnement bienveillant, mais dans la vraie vie, on doit choisir entre tenir la main d’un résident angoissé ou finir les toilettes dans les temps. Pourtant, sur le papier, tout est parfait. Les directeurs le disent, les politiques l’affirment : « Tout est mis en œuvre pour la dignité des résidents ». C’est sûr qu’avec une douche par semaine faute de personnel, ils se sentent choyés.
6. Les formations… théoriquement utiles
On fait faire des formations aux soignants : Humanitude, prise en charge des patients atteints de démence… Des concepts magnifiques sur le papier, prônant douceur, respect du rythme du résident et prise en charge individualisée. Sauf que dans la réalité, difficilement applicable. Parce qu’avec trois soignants pour un étage entier, on fait ce qu’on peut, et pas toujours comme on voudrait.
7. L’indifférence jusqu’au scandale
On ne s’intéresse aux EHPAD que lorsqu’un scandale éclate. Une enquête, une vidéo choc, un reportage alarmant, et soudain tout le monde découvre la réalité du terrain. Mais une fois l’indignation passée, le silence revient, et avec lui, les mêmes problèmes. Ceux qui travaillent auprès des résidents, eux, n’ont pas le luxe d’oublier.
Alors, on fait quoi ?
On continue comme ça, avec des soignants épuisés, des familles inquiètes et des résidents qui attendent plus que des soins chronométrés ? Ou on se décide enfin à voir les EHPAD pour ce qu’ils devraient être : des lieux de vie, et non des entreprises de rendement ?
En attendant, on retourne faire des miracles avec trois bouts de ficelle. Parce que soignant rime avec survivant.

Laisser un commentaire