Travailler de nuit, dans le calme et la lenteur, permet de prendre vraiment le temps avec les résidents. C’est dans ces moments-là  qu’on peut véritablement écouter, être là  pour eux, sans la pression de la journée. Mais parfois, la nuit réserve aussi des surprises.¦

Cette nuit-là , un cri strident retentit dans le couloir. Je sursaute. Ma collègue aussi. On n’a pas besoin de se regarder pour savoir qui c’est. Avec l’habitude, on reconnait les voix sans même voir les visages.

– Mais qu’est-ce qu’elle a crié comme ça?

Je me précipite vers sa chambre et là… je m’arrête net. La scène est digne d’un vaudeville : au beau milieu de la pièce, un monsieur est assis par terre, en protection et rien d’autre. La résidente, elle, est au bord de l’hystérie. Et moi… je ris. Oui, je sais, ce n’est pas professionnel. Mais c’est plus fort que moi.

-Ce n’est pas drôle ! me gronde-t-elle, outrée.

Je me reprends tant bien que mal et tente de la calmer.

– Ne vous inquiétez pas, on va ramener Monsieur dans sa chambre.

Sauf que petit détail : Monsieur ne marche pas. Impossible de le relever comme ça. Alors, direction lève-malade. Une fois installé confortablement dans son lit, il me regarde, l’air perdu.

– Mais… je ne sais même pas pourquoi j’étais là-bas.

Honnêtement, moi non plus.

Je retourne voir la résidente pour la rassurer et la réinstaller.

– Vous voyez, tout est réglé. Et puis ne vous inquiétez pas, il ne pouvait pas aller dans votre lit, il ne peut pas marcher.

– Oui, mais vous vous rendez compte ? Il était tout nu !

– Mais non, il avait une protection.

Elle marque un silence, réfléchit…et finit par lâcher :

– Demain, quand je vais raconter ça à  mes copines…

Et là, c’est moi qui imagine la scène au petit dêjeuner.

Les nuits en EHPAD ne sont peut-être pas si calmes que cela, après tout.

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