
« Celles qui tiennent des armes, celles qui sèchent des larmes
Qui consolent les enfants
Celles qui nous unissent, celles qui nous punissent
Moi ma main, je la tends. » – Claudio Capéo
La main est bien plus qu’un simple organe de préhension. C’est un outil de communication puissant. Elle touche, manipule, tient, caresse. Elle peut être ferme ou molle, potelée ou ridée, abîmée ou lisse. Elle raconte l’histoire d’une vie.
Dans le soin, la main est un lien. Elle accompagne, elle apaise, elle rassure. Tenir la main d’un résident angoissé en pleine nuit, masser une épaule endolorie, poser une paume sur un bras en signe de présence… Ces gestes ne sont pas des « à-côtés » du soin. Ils en font pleinement partie.
Le toucher est un soin relationnel à part entière. Il s’inscrit dans une relation de confiance, d’intimité. Mais il ne peut jamais être imposé. Celui qui touche doit s’assurer que celui qui reçoit l’accepte. Dans un monde où le contact physique est parfois redouté, où les corps vieillissants sont trop souvent ignorés, poser une main avec bienveillance, avec respect, c’est redonner à l’autre une place, une attention, une humanité.
Parfois, ce simple contact devient un échange. Une dame se plaint d’avoir le dos qui la démange. Je prends un peu de crème et lui masse doucement la peau. Elle ferme les yeux et me dit : « Ça me fait du bien. » Puis, après un instant, elle ajoute, avec un sourire : « Et à vous aussi, ça fait du bien. » Ce jour-là, j’ai encore mesuré à quel point le toucher dans le soin est un partage. On ne donne pas seulement du réconfort : on en reçoit aussi.
Mais le toucher ne correspond pas toujours à l’attente de la personne. Une nuit, une résidente, angoissée, me dit que l’ambulance vient la chercher pour l’incinérer. Je lui réponds doucement que ce n’est pas possible, qu’elle est bien vivante. Ma collègue arrive et pose une main sur son bras pour la rassurer. Aussitôt, la dame se crispe : « Ne me touchez pas. » Ma collègue retire sa main et s’excuse. Dans ces moments-là, on comprend que chaque personne a son propre rapport au toucher. Ce qui apaise certains peut en insécuriser d’autres.
Et puis, il y a ceux pour qui le toucher est un repère essentiel. Ce monsieur, par exemple. Chaque nuit, quand il est réveillé, il me tend la main pour me dire bonjour. Un geste simple, mais chargé de sens. Si je prends le temps de rester un peu avec lui pour discuter, il garde ma main dans la sienne, comme pour prolonger l’instant, comme pour s’assurer que je suis bien là. Dans la nuit, où tout est plus silencieux, ce contact devient un ancrage, une présence rassurante.
Le toucher, dans le soin, ce n’est pas seulement un geste technique. C’est une rencontre. Un langage silencieux qui dit « je suis là. »
Moi, ma main, je la tends.

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